OIF: le baroud d'honneur de Michaëlle Jean pour une Francophonie politique

Actualités | Publié le Vendredi 12 Octobre 2018 à 09:39:13 | |
 

Le 17e sommet de la Francophonie bat désormais son plein à Erevan, en Arménie. Dans la matinée, ce jeudi 11 octobre 2018, la cérémonie d’ouverture a rassemblé plusieurs dizaines de chefs d’Etat et de gouvernement en séance plénière. En filigrane des interventions de MM. Macron et Trudeau : la désignation probable de la Rwandaise Louise Mushikiwabo au secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie, en remplacement de la Canadienne Michaëlle Jean, qui ne sera pas reconduite. Amère, cette dernière a clôturé la séance par un discours offensif centré sur les valeurs de l’OIF. Récit.  

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Avec nos envoyés spéciaux à Erevan,  Anastasia Bechio,  Jean-Pierre Monzat, Christophe Boisbouvier et Igor Gauquelin

 

Une dizaine de discours à la tribune. Ce jeudi matin à Erevan, chacun y est allé de la défense de la langue française comme outil de réconciliation entre les peuples. Mais le vrai sujet dans toutes les têtes, c’était le duel pour le secrétariat général de l’organisation, la « bataille des dames » qui défraie cette année la chronique, et qui devrait déboucher sur une victoire de Mme Mushikiwabo.

 

La sortante Michaëlle Jean, ancienne gouverneure générale du Canada née en Haïti, n’a jamais eu le soutien de la France dans sa course pour un second mandat. Mais sous l’impulsion de Paris, elle a également perdu celui d’Ottawa cette semaine, Justin Trudeau s’étant rallié au consensus naissant autour de sa rivale rwandaise, alors qu’il soutenait sa ressortissante activement jusque-là.

 

Celle qui se dit prête à aller jusqu’à un vote en huis clos des dirigeants de l’organisation, alors que la tradition privilégie d’ordinaire les consensus, a donc dû écouter avec stoïcisme les hommages qui lui ont été rendus par Emmanuel Macron et Justin Trudeau dans leurs discours respectifs. Le président français, qui a tout fait pour propulser la candidature de Mme Mushikiwabo, s’est montré poli.

 

« Je veux ici saluer, a-t-il dit, le travail qui a été réalisé par Michaëlle Jean, à laquelle je rends hommage. » Et de louer son féminisme : « Vous avez eu raison, Mme la secrétaire générale, de ne rien céder à ce combat. La Francophonie doit être féministe. L’avenir de l’Afrique sera féministe. Tout comme en Europe et ailleurs. » Cela ressemblait au service minimum.

 

Le Premier ministre canadien s’est montré plus disert au sujet de son ex-alliée. Il a salué « quelqu’un d’extraordinaire, une amie, notre secrétaire générale, Mme Michaëlle Jean ». Et Justin Trudeau d’évoquer le « travail remarquable » de sa ressortissante à la tête de l’OIF pendant quatre ans, et son « énergie contagieuse » en faveur des valeurs censées animer l’organisation.

 

« Michaëlle s’est affirmée comme ardente défenseure des femmes, faisant notamment valoir leur droit à l’éducation, et militant pour leur émancipation. Ses nombreuses réalisations autant envers la jeunesse que pour les droits de la personne ont enrichi non seulement notre grande organisation, mais notre monde », estime même M. Trudeau. « Merci Michaëlle », a-t-il conclu...

 

 

On l’aura compris, il s’agissait de dire dignement au revoir à la « candidate sortante », avant d’adouber très probablement par consensus l’actuelle ministre rwandaise des Affaires étrangères, vendredi en huis clos. Sauf que Michaëlle Jean, invitée plus ou moins ouvertement à retirer sa candidature ces derniers jours, entend bien mettre les divergences sur la table dudit huis clos.

 

En clôture de la cérémonie, la Canadienne s’est défendue dans un discours lyrique, très politique et particulièrement combatif. Pas celui d’une démissionnaire, mais plutôt les mots d’une indignée. Le discours d’une vie ? A tout le moins des paroles pour l’avenir. Dès le début de son allocution, « l’histoire nous apprend que l’on ne sait pas apprendre de l’histoire », a-t-elle dit.

 

Et de régler ses comptes à coups de phrases assassines, de rappels des combats politiques de la Francophonie pour la paix, la démocratie et les droits de l’homme, convoquant comme à son habitude l’un des pères fondateurs de la Francophonie institutionnelle, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor. Alors que la France et les Africains lui reprochent déjà d’avoir trop politisé l’OIF.

 

« Disons-nous bien que l’immobilisme, l’atermoiement et les compromis sont déjà une forme de régression. Car une organisation qui ruse avec les valeurs et les principes est déjà une organisation moribonde », a attaqué la probable future ex-secrétaire générale de la Francophonie dans une formule qui a fait mouche et dans laquelle les personnes ciblées se reconnaîtront sans aucun doute.

 

Michaëlle Jean a donc persisté et signé, un baroud d’honneur en forme d’avertissement, mettant chacun face à ses responsabilités : « MM. les chefs d’Etat et de gouvernement, a-t-elle lancé, c’est sous votre impulsion que la Francophonie, au fil de ces quelque 50 ans, a renforcé ou élargi ses missions (et) s’est affirmée comme une Francophonie politique et diplomatique. »