Abus sexuels, les évêques de France créent une commission indépendante

Société | Publié le Jeudi 08 Novembre 2018 à 08:24:24 | |
 

À la veille de la clôture de leur assemblée plénière, mercredi 7 novembre, les évêques de France ont adopté « à une majorité massive » la création d’une commission indépendante pour faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs.  

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D’autres mesures ont également été proposées qui seront discutées dans différents groupes de travail associant évêques, personnalités qualifiées et victimes.

Dans la suite des travaux entamés « avant cette assemblée » et « dans l’élan donné par leur rencontre (samedi 3 novembre) avec les personnes victimes », les évêques de France ont annoncé mercredi 7 novembre « la mise en place d’une commission indépendante pour faire la lumière sur les abus sexuels sur mineurs dans l’Eglise catholique depuis 1950 ». Elle aura pour tâche de « comprendre les raisons qui ont favorisé la manière dont ont été traitées ces affaires », de faire « des préconisations » et également d’« évaluer les mesures prises par la Conférence des évêques de France depuis les années 2000 ».

« Elle rendra public un rapport d’ici 18 mois à 2 ans », a précisé le président de la Conférence des évêques, Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille, selon lequel « des précisions seront apportées » dans les jours qui viennent, à la fois sur « le nom de la personnalité qui aura la charge » de la piloter, « d’en nommer les membres et d’en préciser le périmètre ». Au passage, le président de la CEF a redit que les évêques étudiaient cette idée depuis plusieurs mois – et au moins depuis « leur assemblée de mars » - bien avant donc les vélléités de commission d’enquête sénatoriale.

 

« Les évêques souhaitent travailler avec les victimes »

A une « majorité massive », selon un responsable de la CEF, les évêques se sont également accordés sur plusieurs autres « démarches », qui, toutes, seront menées par un groupe de travail associant des évêques, des victimes ainsi que des personnalités qualifiées « de la société civile ». Un « travail de mémoire » et de recueil des « récits des personnes victimes » sera mené dans les diocèses, avec celles « qui le voudront bien ». « Les évêques souhaitent travailler avec les victimes pour voir comment permettre que notre histoire n’oublie pas ces actes qui ont marqué à vie trop de personnes », indique le communiqué.

Après bien des discussions, et s’être informés des pratiques existantes à l’étranger, les évêques se sont finalement entendus pour « proposer un geste financier aux personnes victimes », comme le leur a instamment demandé l’une d’elles, présente samedi 3 novembre. « L’intérêt de ce geste n’est pas d’abord financier et ne vise pas à couvrir des frais » de santé, a déjà prévenu Mgr Pontier. « Il s’agit plutôt pour l’Eglise de reconnaître publiquement leur état de victime », en particulier celles dont les abus sont prescrits et qui ne peuvent se tourner vers la justice civile.

 

Un rapport « précis sur l’état de la lutte » contre les abus sexuels sera « publié régulièrement », assure également la CEF, qui promet aussi d’ « accentuer le travail de prévention » dans « tous les lieux d’Église (…) et particulièrement les lieux de proximité (en paroisse par exemple) ».

 

Des mesures à l’égard des prêtres

Enfin, les évêques annoncent la mise en place de « mesures spécifiques d’accueil et d’accompagnement à l’égard des prêtres ayant été auteurs d’actes de pédophilie ou de prêtres présentant des fragilités pouvant être facteurs de risque ». Les premiers sont ceux qui ont été reconnus coupables de faits anciens, sur lesquels la justice s’est éventuellement prononcée, mais qui n’ont pas été reconduits à l’état laïc, précise Mgr Luc Crépy, évêque du Puy et responsable de la commission permanente de lutte contre les abus sexuels. Concernant les seconds, les évêques ont manifesté leur souhait que « toutes les fragilités soient prises en compte, y compris la dépendance à l’alcool, par exemple » et pour lesquels « il n’existe pas assez de propositions ».

 

Toutes ces propositions seront présentées aux victimes qui pourront dire si « elles leur conviennent » et pourront être, le cas échéant, complétées « d’autres initiatives », indique le président de la CEF. « C’est une étape sur un chemin qui marque une vraie volonté d’avancer avec les victimes et les personnalités compétentes », a assuré Mgr Crépy, en reconnaissant que « la temporalité des victimes n’est pas toujours celle des évêques ». « Ce vote n’était pas acquis en début de semaine, mais il a été massivement accepté aujourd’hui », affirme un responsable de la CEF qui a participé à tous les débats. « Nous avons parlé, échangé, discuté. Il s’est passé de belles choses et un vrai dialogue avec les victimes », fait valoir l’évêque du Puy. « Tout cela est très lourd pour chacun de nous mais nous devons l’assumer, le regarder en face ».

 

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