FC Barcelone : avec Coutinho, la page Neymar est définitivement tournée

Sport | Publié le Lundi 08 Janvier 2018 à 17:11:19 | |
 

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En août, le départ de Neymar au PSG ébranlait le club catalan. Six mois plus tard, tous les feux sont au vert pour les Blaugrana, qui viennent de recruter la star brésilienne Philippe Coutinho.  

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"En foot, tout va très vite". Cette affirmation, utilisée jusqu’à plus soif sur les plateaux télé et sur les ondes du monde entier, n’a pourtant jamais été aussi vraie que pour le FC Barcelone. En six mois, le Barça est passé d’une profonde crise d’identité, avec le départ retentissant de Neymar au PSG, à un début de saison parfait, symbolisé par l’arrivée lundi de l’attaquant brésilien Philippe Coutinho de Liverpool pour un montant estimé à 120 millions d’euros (+ 40 de bonus). Récit de ces six mois qui ont totalement relancé les Blaugrana. 

 

Le choc Neymar

 

"En août, le Barça était dans une énorme crise. Personne ne s’attendait au départ de Neymar". Henry de Laguérie, correspondant à Barcelone pour Europe 1, se souvient de la sidération de tout le club et ses supporters après le départ de la star brésilienne pour le PSG contre un chèque record de 222 millions d’euros. Le Barça a beau être "mes que un club" (plus qu’un club, ndlr), la perte de l’attaquant de 25 ans, successeur désigné de Lionel Messi, a provoqué une onde de choc inédite. "Neymar n’est pas Messi, mais le perdre signifiait que le Barça n’était plus intouchable. Le club pensait qu’une clause de plus de 200 millions d’euros était dissuasive. Sauf que personne n’a vu venir l’offre du PSG", poursuit notre correspondant.

 

D’abord inquiets, les supporters ont quelques jours plus tard exprimé leur colère contre la direction blaugrana, coupable selon eux de ne pas avoir su retenir Neymar. "Ils étaient touchés dans leur orgueil. Pour eux, c’était impensable qu’un club français recrute le Brésilien", ajoute Henry de Laguérie. Le président du Barça, Josep Maria Bartomeu, a alors dû affronter une contestation généralisée allant jusqu’au lancement d’une motion de censure. Personne, alors, ne s’attendait à ce que l’incendie soit circonscrit en à peine quelques semaines.

 

Des résultats inespérés

 

Pour tenter de faire oublier Neymar, le Barça a jeté son dévolu sur le jeune Français Ousmane Dembélé, acheté fin août plus de 100 millions d’euros au Borussia Dortmund. Mais trois semaines plus tard, mi-septembre, patatras : le jeune attaquant de 20 ans se blesse à la cuisse gauche et doit être éloigné des terrains jusqu’à la fin de l’année 2017. Le géant catalan aurait pu tomber, il s’est pourtant superbement relevé de ce terrible été. Sur le terrain, Lionel Messi et ses coéquipiers sont irrésistibles et prennent rapidement le large en championnat d’Espagne. En Ligue des champions, les Barcelonais ridiculisent d’entrée la Juventus Turin, finaliste de la dernière édition (3-0), et terminent larges premiers de leur groupe.

 

Fin décembre, les Catalans frappent encore plus fort en s’imposant largement sur la pelouse du Real Madrid, à Santiago Bernabeu (3-0), grâce à un immense Lionel Messi redevenu intouchable cette saison. Plus qu’une victoire, le Barça a ainsi pris sa revanche sur son grand rival, double tenant de la Ligue des champions et vainqueur du dernier championnat d’Espagne. Avec 16 points d’avance sur les Madrilènes après 18 journées (4eme), les Barcelonais ont déjà assommé la Liga et volent vers le titre (l’Atlético, deuxième, a 9 pts de retard). Et ce n’est pas le recrutement de Philippe Coutinho qui rassurera les adversaires des Catalans…

 

Un climat apaisé

 

Avec de tels résultats, l’ambiance pesante qui régnait autour du Camp Nou est, déjà, un lointain souvenir. La motion de censure contre le président Josep Maria Bertomeu a été nettement mise en échec, et le fantôme de Neymar ne hante plus les couloirs du club. "Ce ne sont pas les transferts de Coutinho et Dembélé qui l’ont fait oublier, mais les résultats", estime Henry de Laguérie.

 

Si le Barça a si vite tourné la page, il le doit en grande partie à son nouvel entraîneur, Ernesto Valverde. Le Basque, arrivé cet été, a immédiatement fait oublier Luis Enrique, son prédécesseur vainqueur de la Ligue des champions en 2015. "Valverde est très bien perçu. Il a remis en selle Iniesta et il s’est mis Messi dans la poche. Enrique avait la presse contre lui. Valverde a un côté modeste et humble qui plaît beaucoup", juge notre correspondant.

 

L’ombre de l’indépendance

 

L’horizon sportif du Barça est complètement dégagé, mais des nuages pointent le bout de leur nez dans le ciel catalan. La situation politique dans la région n’a pas épargné le club, symbole identitaire ultime en Catalogne. Au sein même du Barça, comme dans toute la société, d’intenses débats font rage. "Des indépendantistes trouvent que le club ne prend pas assez position. A l’inverse, beaucoup d’observateurs extérieurs estiment que le Barça est trop radical. Bartomeu (le président) a pourtant toujours été très ambigu sur la question. Il n’est pas fondamentalement indépendantiste", explique Henry de Laguérie.

 

L’incertitude politique a également provoqué une spectaculaire désaffection du public, malgré des résultats excellents. "Cela faisait des années qu’il n’y avait pas eu aussi peu de spectateurs au Camp Nou. Avec la situation politique en Catalogne, les gens vont moins au stade, ils sortent moins. Il y a un contexte de déprime général", soutient notre correspondant. Cette saison, l’affluence moyenne est ainsi descendue à 55.000 spectateurs de moyenne par match en Liga, contre 78.000 en 2016-2017, selon le site worldfootball (le Camp Nou peut accueillir 99.000 spectateurs). A Barcelone, même Lionel Messi ne peut pas tout faire oublier.